COP 21 : l’agriculture et l’alimentation oubliées ?

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La COP 21 est-elle vraiment un succès ?

Les avis sont partagés. C’est incontestablement un succès en termes de prise de conscience aussi bien des responsables politiques de presque tous les pays de la planète que de la population. Les engagements pris par la très grande majorité des pays sont encourageants. Mais il faut relativiser ces succès. D’une part les engagements sont insuffisants pour contenir l’augmentation de la température de la planète au-dessous de 2°C. D’autre part ils ne sont pas contraignants et on peut douter qu’ils puissent être respectés partout.

Une chose reste surprenante et regrettable : l’agriculture et l’alimentation ont été largement oubliées. Et pourtant ils sont responsables de près d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre. Certes, le gaz carbonique émis par la combustion des énergies fossiles est de loin le premier gaz à effet de serre, mais deux autre gaz, le méthane et le protoxyde d’azote, y contribuent fortement et sont émis principalement par l’agriculture et l’élevage.


Le méthane (CH4) c’est le gaz naturel extrait du sous-sol que nous brûlons pour nous chauffer et pour faire la cuisine. Mais c’est aussi un gaz émis par les fermentations des ruminants dans leur tube digestif et par la fermentation des déjections animales. Il est émis en bien moindres quantités que le CO2, mais, à poids égal, il contribue 28 fois plus au réchauffement climatique que ce dernier. Il est responsable de 8% des émissions de gaz à effet de serre en France et est émis principalement par l’élevage. Il est possible de réduire quelque peu ces émissions par animal (vache, mouton, chèvre), mais le potentiel est limité. En ajoutant par exemple 5% de graines de lin à leur alimentation, on diminue d’environ 25% les émissions. Le seul moyen de les réduire drastiquement, c’est de diminuer le nombre de vaches et autres ruminants, donc de manger beaucoup moins de leur viande, ce qui est également bénéfique pour notre santé.

Le protoxyde d’azote (N2O) contribue lui, à poids égal, 300 fois plus au réchauffement climatique que le CO2. Il est émis principalement par les sols, en quantités d’autant plus grandes que l’on apporte plus d’engrais azotés de synthèse. Pour en émettre moins il faut donc utiliser moins d’engrais azotés chimiques, et de préférence pas du tout comme on le fait en bio. Une autre manière de réduire ces émissions, c’est de nourrir les ruminants avec de l’herbe – leur nourriture naturelle – et non pas avec des céréales, de l’ensilage de maïs et des tourteaux de soja OGM, comme on le fait souvent dans les élevages conventionnels intensifs. Avec en plus un avantage santé : la viande et les produits laitiers des animaux nourris à l’herbe sont beaucoup plus riches en oméga 3 que ceux des animaux nourris avec des concentrés.
En mangeant bio et moins de viande, on peut diviser par 2, voire par 3, la contribution de l’agriculture et de l’élevage à l’effet de serre. Mais il faut aussi réduire l’impact de tout ce qui se passe entre la ferme et l’arrivée de l’aliment dans notre assiette : transport, transformation industrielle, chaîne du froid, préparations culinaires, gaspillage.
Deux exemples :
D’après l’Ifen (Institut Français de l’Environnement), les trajets en voiture pour faire ses courses alimentaires seraient responsables de 11% des émissions de GES de la chaine agro-alimentaire
La fabrication et la distribution des frites surgelées émettent 5,7 kg de CO2 par kg de frites, de qui représente chaque année pour la France 2 millions de tonnes de CO2.

Combien de gaz à effet de serre dans nos aliments ?

 

Aliment ou famille d’aliments Emissions de gaz à effet de serre (gCO2eq par kg d’aliment)
Fruits et légumes du jardin familial autoconsommés 35 à 80
Fruits et légumes cultivés en pleine terre et d’origine locale 100 à 200
Légumes cultivés sous serre non chauffée 500 à 1000
Légumes cultivés sous serre chauffée 3000 à 9000
Fruits et légumes transportés par avion de provenance lointaine 5000 à 10000
Céréales 400
Légumineuses (légumes secs et soja) 300
Œuf 2000
Lait de vaches nourries principalement de concentrés 1100
Lait de vaches nourries à l’herbe 800
Yaourt 1100 à 1400*
Fromage frais 1600 à 2200*
Fromage à pâte molle (camembert, brie…) 6000 à 7000*
Fromage à pâte pressée ou cuite (gruyère, comté, cantal…) 10000 à 11000*
Viande de vache laitière de réforme 13000 à 14500*
Viande de bœuf (race à viande) 28000
Veau de lait (veau sous la mère) 35000
Porc 5200
Poulet de batterie 3500
Poulet fermier 5500 
Jambon 4800
Huile (par litre) 2250
Jus de fruits (par litre) 1650
Sucre 1500
Bière (par litre) 450


*Le premier chiffre correspond à des animaux nourris à l’herbe et le second à des animaux nourris principalement avec des concentrés
On voit qu’un kg de protéines apporté par des légumineuses contribue 50 à 100 fois moins au réchauffement de la planète qu’un kg de protéines apporté par de la viande de bœuf.
On retrouve sensiblement la même différence entre des fruits et légumes de plein champ et les mêmes cultivés sous serre chauffée ou transportés par avion.
Bien entendu, la transition alimentaire n’est pas nécessaire uniquement à cause de l’effet de serre. Elle l’est aussi pour réduire la quantité d’eau et la surface nécessaire pour nourrir une personne. Cette surface est d’environ 700 m2 avec une alimentation végétarienne, 1000 m2 avec une alimentation à dominante végétale et 7000 m2 avec une alimentation fortement carnée. Quant à la quantité nécessaire pour produire nos aliments, elle est 10 à 20 fois plus élevée pour des productions animales que pour des productions végétales.

Nos modes de production et nos habitudes de consommation ne sont donc pas généralisables, d’autant que la population de la planète doit dépasser 9 milliards d’habitants en 2050. Une transition vers une alimentation à dominante végétale, majoritairement bio, et faisant moins appel aux produits de l’industrie agro-alimentaire, est donc à la fois nécessaire et urgente.

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